Méfiez-vous des escroqueries informatiques
Pourquoi les arnaques se multiplient en 2026
Les escroqueries en ligne évoluent plus vite que jamais. Là où il fallait, il y a quelques années, savoir reconnaître un mauvais français dans un mail mal traduit, les arnaqueurs disposent aujourd’hui d’outils d’intelligence artificielle qui leur permettent d’imiter une voix, un visage ou une marque avec une qualité saisissante. La montée en puissance du smishing (SMS frauduleux), du quishing (QR codes piégés) et des arnaques par deepfake transforme la menace : il ne suffit plus de « ne pas cliquer sur les liens douteux ». Cet article fait le point sur les arnaques que nous voyons le plus chez nos clients en 2026, avec des conseils concrets pour vous protéger — et pour réagir si vous êtes pris au piège.
L’arnaque sur Facebook (publicités piégées)
Les réseaux sociaux, en particulier Facebook, restent un terrain fertile pour les escrocs. Une arnaque toujours très répandue consiste à diffuser de faux articles de faits divers scandaleux sous forme de publicités sponsorisées. Les utilisateurs, attirés par des titres sensationnels, cliquent sans se douter du piège qui les attend. Voici comment ça fonctionne :
- L’appât du clic : Les fraudeurs créent des publicités accrocheuses qui ressemblent à des articles de presse. Ils paient pour les pousser sur le fil de Facebook, où elles apparaissent à de nombreux utilisateurs. Les titres sensationnels et les images choquantes incitent à cliquer.
- Le site compromis : Une fois cliqué, l’utilisateur est redirigé vers un site Web qui peut être un vrai site WordPress piraté, sous le contrôle des fraudeurs. Méfiez-vous donc même si vous croyiez reconnaître le site avant de cliquer : il peut avoir été compromis entre-temps.
- La fausse page Microsoft : L’utilisateur tombe alors sur une fausse alerte qui imite Microsoft. Cette page affiche une pop-up alarmante signalant un prétendu piratage ou une infection virale, souvent accompagnée d’un son d’alarme et d’une voix qui pousse à téléphoner.
- Le numéro de téléphone frauduleux : Pour aggraver la panique, la fausse alerte affiche un numéro de support à appeler. Les fraudeurs comptent sur la peur de l’utilisateur pour qu’il compose immédiatement leur numéro.
- L’accès à distance et la demande d’argent : Au bout du fil, un opérateur de centre d’appels prétend être un technicien. Il demande un accès à distance à votre ordinateur. Une fois cet accès obtenu, il peut installer des logiciels malveillants ou voler des informations sensibles, puis demande un paiement « pour le service ». Soyez vigilant : un montant à payer peut s’afficher à l’écran, mais en arrière-plan le montant réel débité peut être bien supérieur.

Comment vous protéger contre cette arnaque ?
- Soyez sceptique : Méfiez-vous des titres sensationnels et des publicités douteuses sur Facebook. Si quelque chose semble trop beau pour être vrai, c’est probablement le cas (offres exceptionnelles, « vous avez gagné un lot ! », déstockages, articles de presse scandaleux).
- Vérifiez les sources : Avant de cliquer sur une publicité ou un lien, vérifiez le nom de domaine du site et ses détails de contact. Préférez toujours rechercher manuellement l’article sur Google ou Bing plutôt que de cliquer sur le lien proposé.
- Ne donnez jamais d’accès à distance à votre ordinateur : Ne laissez jamais d’inconnus prendre le contrôle de votre PC. Les vraies sociétés informatiques ne vous appelleront pas pour vous dire que votre ordinateur est infecté — c’est à vous de les contacter. Exception : dans une grande entreprise, le service informatique peut surveiller à distance les postes — mais en cas de doute, prenez l’initiative de les rappeler vous-même au numéro interne que vous connaissez.
- N’envoyez pas d’argent : Si on vous demande de payer pour des services informatiques par téléphone, soyez très prudent. Raccrochez et vérifiez vous-même en contactant directement la société prétendument impliquée.
- Signalez l’arnaque : Si vous repérez ce type d’arnaque, signalez-la à Facebook et au site officiel Safe on Web (autorité belge de cybersécurité).
L’arnaque du colis bloqué (e-mail frauduleux)

Les escroqueries en ligne ne se limitent pas aux réseaux sociaux : elles débarquent aussi dans votre boîte mail. Récemment, une cliente a vécu une arnaque par e-mail prétendument envoyé par un transporteur. Voici son déroulé typique :
- Le faux e-mail d’un service postal : la cliente reçoit un mail qui semble provenir d’un transporteur, indiquant qu’un colis est en attente de livraison. Le mail contient même un montant à payer, ce qui peut sembler plausible dans le contexte d’une livraison internationale (frais de douane).
- Le lien dangereux : Le mail incite à cliquer pour effectuer le paiement. Une fois le lien cliqué, l’utilisateur est redirigé vers une page suspecte qui demande de composer un numéro de téléphone.
- La demande d’accès à distance : Au bout du fil, des escrocs prétendent être techniciens informatiques. Ils annoncent que l’ordinateur est infecté par un virus (sans aucun lien avec le colis) et demandent un accès à distance.
- Le piège se referme : Si la victime n’avait pas réagi, les escrocs auraient pu lui demander de se connecter à son compte bancaire en ligne, mettant en danger toutes ses informations financières. Notre cliente a heureusement coupé court à la conversation à temps.
Comment éviter ce piège ?
- Vérifiez l’expéditeur : Avant de cliquer sur un mail prétendument envoyé par une entreprise connue, vérifiez l’adresse e-mail. Les escrocs utilisent souvent des adresses très ressemblantes mais légèrement modifiées. Une adresse légitime se termine par un nom de domaine géré par l’entreprise.
Techniquement : si vous recevez un mail de « moc.elpmexe@ofni », c’est le compte « info » du domaine « exemple.com ». Mais un mail de « moc.etis.elpmexe@ofni » provient en réalité du domaine « site.com » — la mention « exemple » avant le domaine ne prouve aucun lien avec le vrai « exemple.com », car n’importe quoi peut être inscrit avant le domaine.

- Évitez les liens suspects : Ne cliquez jamais sur un lien dans un e-mail douteux. Pour vérifier une livraison ou un paiement, allez directement sur le site officiel de l’entreprise en tapant l’adresse dans votre navigateur.
- Soyez sceptique sur les changements de sujet : Méfiez-vous des demandes inattendues. Le passage d’un problème de livraison à un problème informatique est un signal d’alarme — on comprend d’ailleurs que ces escrocs trempent dans plusieurs types d’arnaques et finissent par s’emmêler.
- Ne partagez jamais d’informations sensibles : Ne donnez jamais à des inconnus l’accès à votre ordinateur ou à vos informations bancaires. Raccrochez et contactez votre informaticien régulier.
- Signalez les escroqueries : Si vous recevez un e-mail suspect, signalez-le à Safe on Web. Tout signalement aide à stopper l’escroquerie, soit par les voies légales, soit par des campagnes de sensibilisation.
Les arnaques IA : voix clonée et deepfakes
C’est la grande nouveauté 2024-2026 : avec quelques secondes d’audio prélevées sur une vidéo Instagram ou TikTok, des outils gratuits permettent désormais à un escroc de cloner votre voix ou celle d’un proche. Le résultat est bluffant et passe sans difficulté au téléphone, surtout en situation de stress.
Deux scénarios reviennent fréquemment chez nos clients :
- Le faux appel d’un proche en détresse : « Maman, j’ai eu un accident de voiture, je suis au commissariat, il faut payer une caution de 1 200 € en urgence ! ». La voix est celle de votre enfant ou petit-enfant, l’émotion est réelle, et l’arnaqueur joue sur la panique pour empêcher toute vérification.
- Le faux PDG en visioconférence : Avec un deepfake vidéo, l’escroc imite le visage d’un dirigeant d’entreprise et demande à un comptable un virement urgent. Cette arnaque, baptisée « fraude au président version IA », a déjà coûté plusieurs millions d’euros à des entreprises belges et françaises.
Comment détecter une voix clonée
- Posez une question piège : demandez quelque chose que seul votre proche peut savoir (le nom du chien quand il avait 8 ans, un détail intime de vacances). Une voix clonée ne sait pas répondre.
- Méfiez-vous de l’urgence : « tout de suite », « ne le dis à personne », « j’ai pas le temps de t’expliquer » sont des marqueurs typiques de l’arnaque. Un vrai proche acceptera toujours que vous le rappeliez sur son numéro habituel.
- Raccrochez et rappelez : ne rappelez jamais le numéro qui vient de vous appeler. Composez vous-même le numéro habituel de la personne dans votre répertoire.
La règle du mot de passe familial
De plus en plus de familles définissent un mot de passe « anti-IA » connu de tous les membres : un mot ou une phrase à demander en cas de coup de fil suspect. Si la voix au téléphone ne sait pas le mot de passe, c’est qu’il y a un problème. Pensez à le partager avec vos parents âgés et vos enfants — ce sont les cibles les plus vulnérables à ce type d’arnaque.
SMS frauduleux et QR codes piégés (smishing & quishing)
Deux nouvelles techniques explosent depuis 2024-2025, parce qu’elles contournent les filtres anti-spam classiques des boîtes mail.
Smishing : le SMS qui vous demande de « valider »
Vous recevez un SMS qui semble provenir de bpost, de votre banque, de Bancontact, d’Itsme, de la SNCB ou de Microsoft. Le message indique un colis à valider, un paiement suspect à confirmer, ou une session compromise. Un lien raccourci vous invite à cliquer.
Une fois sur la page (souvent une réplique parfaite du site officiel), on vous demande vos identifiants ou vos coordonnées bancaires. Ces données partent directement chez les escrocs.
Réflexes :
- Ne cliquez jamais sur un lien dans un SMS, même s’il semble venir d’un service que vous utilisez. Allez directement dans votre application officielle (Itsme, banque, bpost) ou tapez l’URL à la main.
- bpost, Bancontact et les banques belges ne demandent jamais votre code PIN ou code Itsme par SMS.
- Si vous avez cliqué et saisi quelque chose : changez immédiatement le mot de passe concerné, contactez votre banque, et faites analyser votre appareil pour vérifier l’absence de logiciel espion.
Quishing : le QR code modifié sur une affiche ou une facture
De plus en plus d’arnaques utilisent un QR code physique : un autocollant collé par-dessus le QR code d’un horodateur de parking, sur une affiche en magasin, ou inséré dans une fausse facture papier. Le QR code redirige vers un faux site de paiement ou téléphone d’arnaque.
Réflexes :
- Vérifiez physiquement le QR code avant de le scanner — un autocollant rajouté sur l’original est souvent visible (bord décollé, texture différente).
- Après scan, lisez l’URL affichée par votre téléphone avant de continuer. Si elle ne correspond pas au domaine attendu (banque, parking, commerçant), abandonnez.
- Pour les factures et courriers, méfiez-vous d’un QR code « ajouté » à un document que vous receviez auparavant sans QR. Téléphonez plutôt à l’expéditeur via un numéro vérifié.
En cas d’arnaque, que faire en Belgique
- Coupez immédiatement la conversation : raccrochez, fermez l’onglet, déconnectez l’ordinateur d’internet (Wi-Fi off ou câble débranché) si l’escroc avait pris le contrôle à distance.
- Conservez les preuves : screenshots de la page, du SMS, de l’e-mail. Notez le numéro de téléphone, l’adresse e-mail expéditrice, l’URL du site frauduleux. Ces éléments serviront pour le signalement.
- Signalez l’arnaque à Safe on Web (autorité belge de cybersécurité). Vous pouvez transférer un mail suspect directement à
eb.bewnoefas@tcepsus. - Si un paiement a été effectué : contactez immédiatement votre banque. Les virements SEPA peuvent parfois être bloqués dans les premières heures. Faites opposition sur la carte si elle a été partagée.
- Si l’escroc a pris le contrôle de votre ordinateur : ne le rallumez pas avant qu’il soit nettoyé. Sollicitez un dépannage informatique pour vérifier l’absence de logiciels espions, vol de mots de passe enregistrés ou prise de contrôle persistante.
- Déposez plainte : Auprès de votre commissariat de police local, en vous munissant de toutes les preuves rassemblées. La plainte est nécessaire si vous voulez activer une assurance cyber-risques ou contester un débit bancaire.
En conclusion
Les escroqueries en ligne évoluent vite — chaque année apporte sa nouvelle vague (publicités piégées, e-mails frauduleux, voix clonées, SMS et QR codes piégés). La sensibilisation et les bons réflexes restent vos meilleurs alliés : ralentissez face à l’urgence, vérifiez la source par un canal alternatif, et ne donnez jamais d’accès à distance ni d’informations sensibles à un inconnu qui vous a contacté en premier.
Si vous avez le moindre doute après avoir cliqué, parlé à quelqu’un, ou si votre ordinateur se comporte étrangement, n’hésitez pas à nous contacter ou à utiliser notre service d’aide à distance. Mieux vaut une vérification gratuite de quelques minutes qu’un compte bancaire vidé.
